Un regroupement stratégique

Le Cartel est une structure d'administration et de gestion commune de cinq compagnies de théâtre burkinabé : la Compagnie Falinga, le Théâtr' Evasion, le Théâtre Eclair, l'AGTB et la Compagnie du fil. Ces compagnies développent, depuis plusieurs années, des projets et connaissent des besoins croissants dans le domaine de l'administration, du suivi et de la gestion de projets.

  • Projet conjoint : La Saison Théâtrale du Cartel
  • Projets propres : Casting Place Publique, Bains artistiques... (Théâtr'Evasion), Festival International de Théâtre Jeune public, Paroles croisées, DOREMI (Théâtre Eclair), Nuits Internationales de la Plaisanterie, (l'AGTB), Filigrane (Compagnie du fil), les Récréâtrales (Compagnie Falinga).

Le développement des activités des cinq compagnies les a contraintes à mettre en place des dispositifs pour assurer des tâches administratives et de gestion. Toutefois, le volume d'activité des cinq compagnies ne justifie pas le déploiement d'une administration pour chacune d'entre elle. D'où l'idée de confier ces tâches à une structure conjointe.

Un instrument de gestion spécialisé et performant

La vocation première du Cartel est donc de constituer un instrument d'administration et de gestion professionnel et performant au service des compagnies partenaires.

  • Parce qu'un artiste n'est pas un gestionnaire : Il est demandé aux responsables de compagnie de gérer des montants importants qui leur sont accordés dans le cadre de leurs différents projets. La gestion financière nécessite des compétences particulières et il est nécessaire d'en confier l'exécution à des personnes spécialisées dans ce domaine, ce qui dégage par ailleurs, le temps et la disponibilité intellectuelle de l'artiste pour lui permettre de se consacrer à ses créations et projets.
  • Parce qu'un artiste n'est pas un administrateur de projet : Les responsables de compagnies sont confrontés à des exigences croissantes de la part de leurs partenaires financiers qui impliquent un suivi scrupuleux des dépenses et la mise en place d'outils spécifiques (cadres logiques, évaluation d'efficacité et d'efficience...). S'ils sont conscients de l'importance de tels outils et du rôle utile qu'ils peuvent jouer dans la réflexion sur leurs activités et la structuration de leurs compagnies, les directeurs mesurent aussi l'importance de pouvoir s'appuyer sur des personnes maîtrisant cette méthodologie (cycle du projet).

C'est parce que les responsables de compagnies sont avant tout des artistes, des créateurs, et veulent le rester, que le Cartel joue et va jouer un rôle indispensable pour permettre la professionnalisation de ces compagnies et leur déploiement en véritables « entreprises culturelles » ; des entreprises qui assument pleinement leurs responsabilités et leurs charges et font reposer leur développement sur une gestion rigoureuse et transparente tout en restant très créatives artistiquement. La singularité de la Fédération du Cartel vient aussi du fait qu'elle est le fruit d'une synergie entre cinq compagnies qui gardent chacune une entière liberté de création, définissent leurs stratégies et leurs projets, entretiennent leurs partenariats spécifiques.
Mais le Cartel a d'autres ambitions...

Un lieu de réflexion et d'appui aux politiques culturelles

Chacun des cinq responsables des compagnies qui composent la Fédération du Cartel se trouve actuellement engagé dans un processus de réflexion sur la culture qui l'emmène, au-delà de la démarche artistique, à la frontière de la pensée "politique" et aux confins des centres de prise de décision.

  • Etienne Minoungou (Compagnie Falinga) s'est investi dans le développement de l'idée de « Coalition africaine pour la culture » et l'organisation d'un forum africain de la culture à l'instar du Forum social de Bamako ;
  • Alain Héma (Théâtre Eclair) a initié les «Classes d'Art», issues d'une volonté d'introduire les pratiques artistiques dans les écoles.
  • Ildevert Meda (Théâtr'Evasion) s'est vu associé par le PSIC (Programme de Soutien aux Initiatives Culturelles) et le ministère de la Culture au travail de réflexion sur le statut de l'artiste au Burkina Faso. Il est aussi sollicité pour intervenir dans un programme de cours de l'ENAM (Ecole nationale d'Administration et de Magistrature) portant sur la gestion et le management culturel au profit des animateurs culturels du Ministère de la Culture.
  • Anatole Koama (AGTB) s'investit dans la recherche d'une forme de théâtre de proximité (humour, one man show, café théâtre, animations...).
  • Athanase Kabré (Compagnie du fil) s'est concentré sur le développement de l'Art de la marionnette au Burkina Faso et dans la sous-région.

L'expérience de chacun d'entre eux témoigne donc d'un désir de s'engager, au-delà de la création (leur principale passion d'homme de théâtre), dans la transformation de l'environnement volontariste qui encadre les pratiques artistiques, donc dans l'appui à la mise en place de véritables politiques culturelles associant les créateurs.

A nouveau, c'est au sein du Cartel que peut se mettre en place une nouvelle dynamique de collaboration entre artistes et pouvoirs publics. Loin de concevoir leurs initiatives comme des expériences strictement privées, les responsables du Cartel souhaitent les développer en concertation avec les autorités publiques et faire de leurs expériences artistiques des objets d'expérimentations et de réflexions qui peuvent permettre d'accentuer l'impact de la création artistique dans son environnement social.

La Saison Théâtrale du Cartel, Les Récréâtrales, Casting Place Publique, les Classes d'Art, Paroles Croisées,... sont tous des projets artistiques, mais ce sont aussi des projets qui, au-delà de l'espace de création qu'ils offrent, se veulent des outils jouant un rôle dans la redéfinition de la place de la création dans la société. Partant d'un constat lucide sur certains des problèmes que rencontre la création artistique en Afrique, chacun de ces projets tente non pas d'y apporter une solution ponctuelle, permettant de rendre possible telle ou telle initiative, mais de mettre en place des dispositifs susceptibles d'avoir un effet structurant et à long terme.

Ces projets contribuent à affermir les liens entre les artistes et leur public, à explorer le statut de l'artiste en tant qu'acteur majeur du développement humain, susceptible d'apporter dans tous les débats de société un éclairage nouveau, de créer une prise de conscience, de susciter un intérêt. Ils peuvent donc constituer autant de sources d'inspiration pour des pouvoirs publics soucieux de développer une véritable politique culturelle.

La Saison Théâtrale du Cartel

La Saison Théâtrale de la Fédération du Cartel est un projet de création et diffusion de spectacles des cinq (5) compagnies fédérées, de jeunes compagnies non membres de la Fédération du Cartel ainsi que de praticiens des arts apparentés au théâtre. La diffusion vise la ville de Ouagadougou et ses environs.La programmation est aussi constituée des productions artistiques issues des différents projets initiés par les compagnies membres du Cartel tels que les Récréatrales, Filigrane, Festival International de Théâtre Jeune Public (FTJP), Nuits Internationales de la Plaisanterie, etc.

Ce projet obéit à deux principes fondamentaux chers à la Fédération du Cartel:

- Développer et mettre en pratique un théâtre de création citoyen. Il ne s'agit pas, pour les fondateurs du Cartel, de développer des projets de théâtre de sensibilisation ou d'intervention sociale, qui constituent un champ déjà largement développé au Burkina Faso. Il s'agit de mettre en place des initiatives de création de qualité, mais qui ne soient pas coupées de leur public naturel. Trop souvent, les créations de théâtre « à texte » se déploient dans le cadre de coproductions avec des pays du Nord, et dans le but d'être présentées avant tout à un public du Nord.
Pourtant, les expériences menées ces dernières années montrent que le théâtre d'auteur peut aussi être le support d'une démarche artistique subtile, et que le public populaire apprécie les productions de qualité si elles sont montées avec des exigences professionnelles et de respect de son auditoire. La création théâtrale peut ainsi constituer un véritable instrument de renforcement de la citoyenneté, en suscitant la réflexion, mais aussi en apportant au public le plaisir de la rencontre avec une véritable oeuvre d'art.

- Appuyer la décentralisation de la culture. Depuis quelques années, un processus de décentralisation administrative est en cours au Burkina Faso. De plus en plus de compétences vont être confiées aux villes et aux régions, dont des prérogatives et des obligations d'animation d'une vie culturelle au niveau des localités. Toutefois, cette compétence sera toujours considérée comme aléatoire dans un budget si les personnes en charge de sa gestion ne peuvent pas se référer à un modèle, une expérience pilote, qui montre ce que l'appui à la culture peut apporter dans une communauté locale. Déjà, des conseillers communaux souhaitent organiser des événements dans le domaine de la culture et recherchent des inspirations. Pour éviter de tomber dans le piège trop fréquent de l'événementiel (à chaque village son petit Fespaco, son petit SIAO, son petit festival thématique folklorique – festival de l'arachide, du cochon, de la poterie, du masque...), le Cartel souhaite appuyer les autorités décentralisées dans la définition de véritables stratégies culturelles, dans la conception de politiques locales pertinentes et appropriées à la dimension et aux intérêts de leur communauté.

En se positionnant en modèle de gestion intégré pour différentes compagnies, en se mettant à la disposition des pouvoirs publics pour des réflexions stratégiques, en développant une programmation théâtrale de qualité en décentralisation, en proposant une déclinaison de la culture populaire qui ne se réduise ni à une approche « folklorique » ni à des clichés sur l'Afrique attendus par l'Occident, le Cartel devient un projet politique tout en étant strictement un projet artistique. Il se constitue en laboratoire pour prendre en compte les problématiques artistiques, les étudier et proposer des solutions ; pour guider ou inspirer les politiques culturelles et mettre l'art au coeur de la vie des citoyens et de la cité. Il travaille à l'enracinement social de la pratique théâtrale : ses projets sont artistiques, mais dont la vocation profonde est l'amélioration des conditions sociales des gens.

OBJECTIFS

Objectifs généraux

Contribuer au renforcement de la citoyenneté au niveau local à travers des projets populaires menés dans le domaine des arts de la scène ;
Contribuer à la cohésion sociale, régulation des tensions sociales ;
Contribuer à valoriser et conserver le patrimoine et l'identité culturelle ;
Contribuer à renforcer les économies locales des entités accueillant les événements, manifestations (économie informelle, horeca, tourisme culturel, artisanat, location de logements...) ;
Contribuer aux changements de comportement (santé, environnement, éducation, promotion du genre...).

Objectif spécifique

La démocratisation des arts de la scène a été renforcée au Burkina Faso dans les quartiers populaires et les collectivités territoriales.

Résultats attendus

Les capacités institutionnelles et associatives du Cartel ont été renforcées ;
La viabilité économique et la diversification des ressources du Cartel ont été améliorées ;
Les capacités du Cartel à améliorer les compétences ("savoir faire savoir") juridiques, techniques et artistiques de leurs publics cibles ont été renforcées.

Indicateurs objectivement vérifiables

L'atteinte de chacun des résultats peut être mesurée par une série d'indicateurs précis et objectivement vérifiables :

Le personnel d'administration et de gestion du Cartel est en place, opérationnel.

Sources de vérification : Contrats d'engagement des différents employés, rapports périodiques d'activités, bilans financiers annuels, appui apporté à d'autres compagnies non membres pour le suivi financier et les rapports.

Des plans d'action sont adoptés par diverses autorités publiques avec l'appui du Cartel

Sources de vérification : Plans d'action, Déclarations stratégiques, Comptes-rendus de réunion, Rapports d'expertise.

Des projets pilotes sont menés et évalués

Sources de vérification : Rapports de fin de projet (Saison Théâtrale du Cartel, Récréâtrales, Festival international de Théâtre jeune Public, Paroles Croisées, DOREMI, Casting place Publique, Festival Nuits internationales de la plaisanterie, Filigrane ...) Rapports d'évaluation d'impacts.

La Saison Théâtrale du Cartel est fréquentée
Sources de vérification : chiffres de la billetterie.

Des projets de synergie et de collaboration se développent au niveau international.

Sources de vérification : Documents produits au niveau supra national, réunions organisées (avec la participation du Cartel) sur des préoccupations communes.

Le Cartel doit démontrer la possibilité d'autofinancement d'un instrument de gestion et d'accompagnement de projets culturels et artistiques : après quelques années d'appui structurel des partenaires, il doit pouvoir atteindre un équilibre grâce aux revenus des activités menées et à l'établissement d'une collaboration fructueuse avec les pouvoirs publics.

Risques encourus

  • Les autorités publiques n'adhèrent pas à la démarche et ne lui apportent pas leur soutien, ou ne disposent pas de moyens suffisants pour l'appuyer.
  • La forte concurrence existant dans les milieux artistiques, fondée sur la compétition pour l'accès à des ressources qui ne sont pas infiniment extensibles, gêne la collaboration entre compagnies ou entre artistes.
  • Le Cartel parvient difficilement à assurer son autonomie financière en générant des ressources propres au-delà des années d'appui structurel dégressif.

LE PLAN D'ACTION OPERATIONNEL DU CARTEL : EXPERIENCE PILOTE

Les actions sont présentées en fonction de la compagnie qui est la porteuse principale de l'initiative, même si chaque activité se déroule en concertation avec les autres compagnies membres du Cartel. Le Cartel élabore, pour chaque projet un dossier spécifique, pour aborder les partenaires potentiels. Néanmoins chaque compagnie jouit d'une entière latitude pour développer ou réorienter ses projets ou amorcer de nouvelles initiatives en concertation avec les compagnies partenaires au sein de la Fédération Cartel.

Ce plan d'action s'articule autour de quatre orientations majeures correspondant aux profils des 5 compagnies :

  • Appui à la création artistique et aux politiques culturelles/Compagnie Falinga
  • Professionnalisation des métiers de la scène/Théâtre Evasion
  • Education artistique et théâtre citoyen/Théâtre Eclair
  • Développement d'un théâtre de proximité/Grâce Théâtre
  • Développement de l'Art de la marionnette/Compagnie du fil

MISE EN OEUVRE

Moyens et stratégies de mise en oeuvre

Pour parvenir aux résultats attendus, le Cartel mettra en oeuvre :

  • Un personnel qualifié
  • Un lieu de travail et d'expérimentation, doté d'un matériel minimum
  • Un plan d'action quadriennal
  • Une convention avec le ministère de la Culture du Burkina Faso
  • Des réseaux internationaux (au niveau régional, continental et avec les pays du Nord).

Activités:

La Saison Théâtrale du Cartel

  • Mise en place d'une diffusion théâtrale de qualité dans les quartiers populaires de Ouagadougou et en provinces
  • Adhésion de nouveaux publics

Le Bureau d'appui aux initiatives culturelles du Cartel

Ce bureau entend développer les capacités d'administration et de gestion du Cartel à travers la formation du personnel à la gestion et la planification :

  • Formation à la gestion culturelle, au marketing/communication, au cycle de projet
  • Mise en place d'un conseil d'administration et de gestion, d'un organigramme et d'un règlement d'ordre intérieur
  • Mise en place d'un dispositif de partage de la connaissance et d'appui aux autres structures.
  • Mise en place de la Cellule de Conseil Stratégique du Cartel capable de répondre à des demandes d'expertise et de consultation sur différentes thématiques liées aux politiques culturelles.

MECANISMES DE SUIVI ET D'EVALUATION

L'équipe administrative et de gestion du Cartel mettra en oeuvre toutes les démarches pour trouver les moyens de réaliser le Plan d'action en soutenant les 5 Compagnies porteuses des projets ci-dessus décrites.

Elle se chargera du suivi des relations avec les partenaires financiers, de la réalisation des rapports et évaluations finales souhaitées et travaillera à la planification des activités. Chaque année, un rapport d'activité global sera transmis à l'ensemble des partenaires.
Cette formule de collaboration entre les cinq compagnies offre donc des avantages aux partenaires :

Une possibilité d'intervenir « à la carte » (en soutenant telle ou telle activité), mais tout en ayant une vision globale de l'ensemble des activités menées par le Cartel. Le Cartel enverra à tous ses partenaires un Rapport annuel d'activités présentant l'ensemble de l'information sur l'évolution du projet et la mise en oeuvre des différentes activités qui y sont attachées.

La possibilité de mettre en place avec le Cartel des contrats pluriannuels de soutien qui visent à apporter un appui structurel à cette fédération de compagnies et à certaines de ses activités, permettant une réelle planification des actions et, dès lors, rendant possible des ambitions en terme d'impact que ne peuvent espérer les projets ponctuels.

Une méthodologie de présentation des rapports, des projets, des bilans comptables et des mécanismes d'évaluation qui soit harmonisée pour l'ensemble des projets. L'équipe d'administration et de gestion pourra s'adapter facilement aux exigences propres à chaque partenaire en termes de présentation des rapports.

Une centralisation et une diffusion de l'information : Les initiatives dans le domaine dramatique sont nombreuses et dispersées. Le Cartel constituera une première tentative de collecter l'ensemble de l'information disponible sur les activités menées dan le secteur et en assurera la redistribution auprès des partenaires soucieux d'en être informés.

Chacune des cinq compagnies conserve sa marge de manoeuvre pour négocier l'obtention des budgets relatifs à l'organisation de ses activités. Toutefois, ces ressources étant gérées par l'équipe administrative du Cartel, la circulation transparente de l'information entre les compagnies partenaires est garantie.

Aussi, un fond spécial de soutien destiné à la création, à la formation et géré par le Cartel se mettra en place pour soutenir des projets de formations artistiques et des créations.

Conclusion

Le projet peut paraître très ambitieux, mais il ne nécessite pas de gros moyens pour débuter. Le Cartel sera une petite maison aux grandes idées : lieu d'expérimentation artistique, gestionnaire de gros événements, conseil auprès des pouvoirs publics demandeurs quant aux questions stratégiques touchant aux politiques culturelles, le Cartel ne constituera pas seulement un nouvel opérateur culturel, mais surtout un concepteur et un bâtisseur de synergies.